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VIRUS HEPATITE E

24-06-2019
Situation

L’hépatite virale est une des principales causes d’hépatite dont jusqu’à présent, l’hépatite A, B, C et D sont bien connues depuis longtemps. Actuellement, de plus en plus d’attention est accordée au suivant dans la file : l’hépatite E. Il apparaît que l’hépatite E est un des plus courants agents pathogènes, cependant il constitue un des moins diagnostiqués.

Dans la plupart des cas cette infection se déroule de façon asymptomatique et spontanément résolutive, mais rarement cetteinfectionévoluedefaçonfulminante. Les patients immunodéprimés peuvent développer une infection chronique.

Virologie

Le virus hépatite E (VHE) est un petit virus ARN monocaténaire, non-enveloppé avec un diamètre de 27-34 nm. Il fait partie du genre Orthohepevirus de la famille des Hepeviridae. Quatre génotypes associés aux infections humaines ont été décrits. Les génotypes 1 et 2 sont restreints à l’homme, les génotypes 3 et 4 contaminent les humains et les animaux (ea cochons, cerfs, dauphins, vaches, singes et ours). Ces génotypes présentent des différences au niveau des aspects épidémiologiques et cliniques, dès lors ils seront abordés séparément dans ce courrier. Vous retrouvez un résumé des caractéris- tiques des différents génotypes dans le tableau sous-jacent :

Epidémiologie

Selon l’OMS il y a chaque année environ 20 millions d’infections VHE dont plus de 3 millions de cas d’hépatite aiguë et plus de 55.000 de décès. Les génotypes spécifiques donnent lieu aux infections dans différents continents :

• Génotype 1 et 2

Endémique en Asie (surtout l’Inde), Afrique du Nord

• Génotype 2

Endémique au Mexique, Afrique de l’Ouest

• Génotype 3

Monde occidental, Asie, Afrique du Nord

• Génotype 4

Europe, Asie

En Belgique, on trouve principalement le génotype 3 et dans une moindre mesure le génotype 4. Les infections par les génotypes 1 et 2 sont considérées comme des infections importées lors de voyages en régions endémiques.

Transmission

La transmission du VHE dépend du géno- type.

  • VHE génotype 1 et 2 se propagent par l’intermédiaire d’eau contaminée par des excréments dans les régions endémiques. Un risque accru d’infection existe donc dans les régions aux mauvaises installations sanitaires. Ceci s’observe principalement dans la vallée du Nil, l’Inde et au Bangladesh. Par ailleurs, la consommation de crustacées crues ou insuffisamment cuites constitue une source d’infection.
  • VHE génotype 3 et 4 sont en général à l’origine d’infections par ingestion d’aliments contaminés, ainsi que par contact directe avec des animaux infectés (zoonose). Le rôle de la transmission personne à personne est limité. La plupart des cas sont sporadiques et ne résultent pas en une épidémie.

Cette forme de transmission est confirmée par la constatation que la séropositivité est la plus élevée chez les personnes en contact avec les animaux concernés. Les porcs semblent les plus impliqués, suivis par les coquillages.

  • Transfusion de sang (génotypes 3 et 4): VHE peut être transmis par transfusion sanguine, surtout dans les régions endémiques. Environ 50% des récepteurs seraient infectés suite aux transfusions avec du sang VHE positif.
  • Transmission périnatale : quelques cas ont été décrits de transmission verticale mère-enfant et mère-nouveau-né résultant en une morbidité et mortalité substantielle.
  • Lait maternel : il n’est pas certain que l’allaitement entre en jeu dans la transmission, néanmoins l’allaitement durant la phase aiguë de l’infection est en général déconseillé.

Symptômes

La période d’incubation d’une infection VHE varie de 2-10 semaines avec une moyenne de 40 jours.

L’excrétion du virus dans les selles des personnes infectées précède de quelques jours la maladie et persiste pendant les 3 à 4 semaines suivantes. La plupart des personnes infectées ne démontre pas ou très peu de symptômes.

Chez certains patients l’hépatite E peut se manifester par des symptômes aspécifiques tels que des nausées, de la fièvre, un ictère, un malaise, une inappétence, des vomissements, des douleurs abdominales, de la diarrhée, des arthralgies ou un prurit. Une maladie clinique par génotype 3 et 4 s’observe principalement chez des hommes plus âgés (>50 ans). Les symptômes persistent en principe durant 1-6 semaines.

Atteintes extra-hépatiques:

  • Hémolyse et thrombopénie
  • Thyroïdite aiguë
  • Glomérulonéphrite membraneuse
  • Atteintes neurologiques : syndrome de Guillain-Barré, méningite aseptique, encéphalite, …

Dans des cas rares, une infection au VHE peut se dérouler de façon fulminante. Plus particulièrement les femmes enceintes, deuxième et troisième trimestre, seraient susceptibles de développer une hépatite E fulminante avec une mortalité estimée de 20 à 25% (génotype 1 et 2). En outre, les enfants et les patients ayant une atteinte hépatique préexistante présentent un risque augmenté.

Une évolution chronique de l’infection peut affecter les patients immunosupprimés (chimiothérapie, transplantation), favorisant le développement rapide d’une cirrhose hépatique.  L’infection chronique se caractérise par une persistance de l’ARN viral au niveau du sérum ou dans les selles pour plus de 6 mois.

Diagnostic de laboratoire

Comme c’est le cas pour toute hépatite, on note une élévation (majeure) de la concentration des TGP (ALAT), TGO (ASAT) et de la bilirubine. Des anticorps IgM et IgG sont détectables dès le début des symptômes. La production des IgM est maximale entre les 2-6 semaines suivant le début des symptômes. Les IgG peuvent être démontrés simultanément ou quelques jours plus tard. Le titre des IgM va rapidement diminuer (après 1-3 mois) tandis que le titre des IgG continue de monter et persiste pendant plusieurs années (éventuellement à perpétuité). Une augmentation du titre des IgG par rapport à un échantillon prélevé auparavant peut indiquer une  réinfection. La graphique ci-dessous montre un déroulement typique de la réponse sérologique.

Chez les personnes immunocompétentes la détection d’ARN VHE par PCR est limitée dans le temps, dès lors le diagnostic sérologique serait préférable. Chez les patients immunodéprimés le dépistage d’ARN VHE par PCR constitue le diagnostic et le suivi de premier choix, vu que la réponse sérologique pourrait ne pas se produire ou être retardée.

QUAND DEMANDER SELON LES DIRECTIVES EUROPEENNES

• Symptômes/biochimie compatibles avec l’hépatite aiguë

• Résurgence inexpliquée de maladies hépatiques chroniques

• Troubles inexpliqués de la fonction hépatique chez une personne immunocompétente

• Amyotrophie névralgique ou syndrome de Guillain-Barré

• Suspicion d’atteinte hépatique d’origine médicamenteuse

GROUPES A RISQUE

• Voyageurs vers régions endémiques pour génotypes 1, 2 et 4

• Personnes exposées aux porcs de façon professionnelle

Thérapie

Il n’existe pas de traitement répertorié pour l’hépatite E. La grande majorité des infections se résout spontanément, un traitement symptomatique suffit en général. Un traitement de ribavirine peut être proposé uniquement en cas d’infections sérieuses ou chroniques.

Situation en Belgique

L’épidémiologie des infections VHE en Belgique n’est pas bien décrite. Par consequent Sciensano a initié un projet afin de documenter la séroprévalence IgG VHE, les génotypes VHE, la variation saisonnière et la distribution selon l’âge et le sexe. La séroprévalence en Belgique atteindrait 15 à 20% selon des études récentes.

En jetant un coup d’oeil sur la prévalence chez le porc domestique, on obtient des chiffres assez stupéfiant. Un examen des selles chez 115 porcs (23 élevages) a démontré de l’ARN VHE dans 7% des échantillons. La plupart étaient de génotype 3. Une autre étude de 420 porcs a révélé une séropositivité (VHE IgG) chez 73%, avec 93% des élevages présentant un porc positif. La séropositivité chez l’être humain en Belgique augmente à mesure qu’il y a un contact porcine plus intense (jusqu’à 50%).

Il n’y a pas de déclaration obligatoire pour l’hépatite E en Belgique.

Conclusion

L’infection au VHE est méconnue en Belgique mais constitue bel et bien une réalité. Le dépistage des IgG et IgM VHE pour chaque cas d’hépatite mérite suffisamment d’attention.

Pratique

L’analyse pour le dépistage du VHE est déjà réalisée au laboratoire et est indiquée sur le formulaire de demande d’analyses électronique. Vous retrouverez l’analyse sur la prochaine édition du formulaire papier, dans les mois suivants, sous la rubrique sérologie-Virus-VHE (IgG et IgM). L’analyse est effectuée sur un tube sérum et est remboursée par l’INAMI.